Le village de nos ancêtres

Quê Cha Đất Tổ

30.5.09

Plan



Plan dessiné en 1985, Dang Van Duc

31.8.06

Un tronçon d'eau tortueux ?





Khúc Thủy = Tronçon d'eau, tortueux?
L'eau de la rivière Nhue n'est plus claire comme décrite auparavant, en raison de la présence d'une station de pompage agricole.



31.12.05

Carte



(courtesy of tageo.com)

2.12.05

KHÚC THỦY, le village

Le village de Khúc Thủy se trouve sur la rive droite de la rivière Nhuệ, à 7 km de Hà Đông ( Ville située à une dizaine de km au Sud - Ouest de Hà-Nội).

La petite rivière Nhuệ coule paisiblement, les barques accostent facilement sur ses rives. Le village s'étire le long de ce cours d'eau.
Un dicton vietnamien ne conseille-t-il pas:
"Thứ nhất cận thị, thứ nhì cận giang",
c'est à dire qu'il est toujours préférable de s'établir proche d'un marché ou d'un cours d'eau.

Avant la construction du pont Tó, nos anciens longeaient la rivière par la droite et passaient par les villages de Đa Sỹ, Phú Diễn et Cự Đà pour arriver à Khúc Thủy.


Cự Đà et Khúc Thủy étaient célèbres pour leur rangée d'arbres séculaires, des Ficus benjamina (cây Si), allongeant leurs branches au milieu de la rivière, mirant leur chevelure dans l'eau. C'était le plongeoir naturel des petits villageois.
Le soir, l'eau claire et la lune brillante ajoutaient une note romantique à ce tableau champêtre.




1.9.04

Le maire du village

Cụ Lý.
Les personnes âgées du village racontent que Monsieur V. Luân. était une personnalité très respectée du village de Khuc Thuy.
Lorsque les pirates Tu* So sont venus, le maire s'est battu courageusement pour défendre son village. Malheureusement, les Tu* So ont pu le capture et l'ont attaché contre un arbre le long de la rivière Nhuê. Ils sont ensuite entrés dans le Đình , la maison communale, pour fêter leur victoire, partager le butin, avant d'exécuter le maire. Celui-ci a pu heureusement dénouer ses liens et s'échapper, en longeant
la rivière Nhuê protectrice.

On raconte aussi que lors d'un conflit avec le village voisin au sujet du temple consacré à leur Génie, les deux partis ont dû aller à la capitale, Huế, pour un essai de réconciliation. Notre maire était sûrement quelqu'un de très têtu. Le Mandarin (quan An') a dû donner des coups de bâtons sanglants à notre maire, qui continuait à affirmer que ce temple appartenait à son village, Khuc Thuy.
"Lũy tre nhỏ, đã co' gan to
Mặc đòn`dữ , quan phủ phải thua".
"Notre haie de bambou est peut-être petite et clairsemée,
mais notre maire a eu le grand courage
de braver les coups du mandarin, qui a dû céder".

Cette histoire se situe dans les années 1900.

un mandarin rendant justice - photo site nguyentl

25.8.04

L'autonomie du village

L'autonomie du village est spécifiquement vietnamien, vestige de l'ancien royaume de Van Lang, autonomie illustrée par ces proverbes:

"Ch có lê`
Quê có thói"
La cité a ses lois
La commune a ses coutumes

"Phép vua thua lệ làng"
La loi du prince doit céder devant la coutume du village.

En effet, la coutume du village s'affirme dans toutes les affaires intérieures de la commune.
Les procès civils sont uniquement tranchés par les autorités du village sauf recours en cas de contestation des parties, devant les mandarins.

22.8.04

Le registre des familles. Gia Pha²

L'autre jour, c'était l'anniversaire de mort d'un de nos ancêtres (giỗ).
J'ai vu mon père sortir de son armoire un recueil dactylographié, jauni par le temps.
Je demandai:
- Que lis-tu, père?
- Je lis le registre des familles.
- Qu'est-ce qu'un registre des familles?
- C'est un recueil où sont annotés les noms de nos ancêtres, ainsi que leurs vertus et leurs mérites.
- Pourquoi le consultes-tu aujourd'hui?
- Pour connaître le nom de grand père, son appellation exacte, son pseudonyme... pour pouvoir faire des invocations (*khân') .
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* s'agenouiller devant l'autel, faire des prières à voix basse, demander l'aide et la protection de l'ancêtre.
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Extrait de "Quốc Văn Giáo Khoa Thư, Lớp Đồng Ắu, 1935

Cours de langue indigène (cours enfantin)

rédigé par Trần Trọng Kim, Nguyễn Văn Ngọc, Đặng Đình Phúc, Đỗ Thân.

Réédité par "Quê mẹ" en 1983.


18.8.04

Pourquoi le culte du génie du village et des grands hommes?

D'après Pham Quynh, A la croisée des Civilisations, 1930

En principe, nous devons faire le culte à nos ancêtres uniquement.

  • Mais il y a des hommes qui , durant leur vie, ont rendu des services à leurs concitoyens, qui ont été les bienfaiteurs de leur village, de leur province, du pays tout entier,
  • il y a des souverains et des ministres qui ont été les artisans de la grandeur nationale;
  • des généraux qui ont sauvé leur pays de l'invasion étrangère;
  • de grands lettrés qui ont honoré la nation par leur intelligence et leurs talents;
  • des hommes et des femmes qui se sont sacrifiés pour l'honneur ou la vertu; ceux - là ont droit à ce que les concitoyens perpétuent leur mémoire et leur rendent un culte.

C'est ainsi que des villages les honorent comme leurs génies tutélaires: que leur province d'origine , que le pays tout entier leur élèvent des temples aux lieux illustrés par leur mémoire.

C'est le culte des ancêtres communs du village, de la cité, de la nation; c'est le culte des génies protecteurs du pays, et dans un certain sens, le culte des grands hommes, des héros.

Le culte des ancêtres

D'après Vietnam, à la Croisée des Civilisations, 1930.
Le culte des ancêtres tient une grande place dans notre pays.
Les ancêtres interviennent à chaque instant dans la vie de leur descendants; ils les guident , les protègent, inspirent leur pensée et leur conduite...

Chaque famille possède son autel des ancêtres, qui peut être un temple magnifique ou une simple estrade surélevée.
C'est là que sont déposés les tablettes de tous les parents morts jusqu'à la cinquième génération (ngu~dai). Ceux là sont l'objet de cérémonies particulières aux jours anniversaires de leur mort et à toutes les fêtes rituelles de l'année . (Au Vietnam, on fête l'anniversaire de mort et non l'anniversaire de naissance).
Les autres, les ancêtres éloignés, figurent sur une tablette commune et reçoivent un culte commun aux seuls jours rituels dans l'année (Nouvel An...).
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Les jours consacrés aux morts:
  1. Le 3è jour du 3è mois (thanh-minh), c'est le jour de la visite des tombes ou "toilette des tombeaux", cette fête n'a rien de funèbre et a lieu à une des époques les plus belles de l'année où:"l'herbe neuve étalait jusqu'au vaste horizon le tapis verdoyant de sa toison..." (célèbre poème Kiêu`).
  2. Le 15è jour du 7è mois. C'est une fête bouddhique réservée aux mânes errants.

La filiation

De fil en aiguille...

  • Année 980: Lê Hoàn, fondateur de la dynastie des Lê ==>
  • 1285 :Trần Bình Trọng (défense contre l'invasion des Mongols ===>
  • Vers 1390: Trần Khắc Chân (défense contre l'invasion du Champa) ===>
  • Vers 1400: Trần Thông, le génie de notre village .

Le changement de nom de famille ( Lê => Trần ) a été offert par le roi des Trần.



Le Diable du pays du Sud

(1225-1400: Dynastie Viêt des Trân`).
XIIIè siécle:
Dans le temps que les Trân accédaient au trône, les Mongols avaient commencé la conquête du monde.
Le Champa, royaume situé au Sud du pays des Viêt et noeud de communication pour la route des épices, était l'objet de convoitise.
Pour frayer leur chemin vers le Sud , les Mongols envahirent le pays des Viêt . Ceux-ci décidèrent de contre-attaquer.
En 1285, le général Viêt Trân Binh Trong fut pris par les Mongols , qui lui proposèrent de se rendre; il répondit:
"Je préfère devenir le Diable du pays du Sud , que d'être Seigneur dans votre pays".
Trân Binh Trong fut guillotiné.
C'est l'ancêtre de notre génie tutélaire.

7.8.04

Le génie du village

  • Trần Thông, fils du général Trần Khắc Chân et de dame Đặng thị An, vivait à la fin de la dynastie des Trần (1225-1400).

    Pour sa bravoure et ses mérites, le roi l'avait nommé:"Đố-Lĩnh~Binh-Nhung" (Responsable de l'Armée) , cumulant avec le titre de Tả Hữu Vệ (Aide de Camp du Roi).

    A sa retraite, Trần Thông entra en religion à la pagode Phúc Đống de Khúc Thủy et se consacra à l'instruction des villageois.


    Il s'éteignit le 15 du mois de Février (calendrier lunaire) .


Cette date sert d'anniversaire de sa mort, de fête du village.

( Au Vietnam, on ne célébrait pas l'anniversaire de naissance, mais celui de la mort, c'est une occasion de retrouvailles)


Il fut sacré génie protecteur du village.

Il avait reçu depuis, 27 nominations royales, de la dynastie des Lê postérieurs à celle des Nguyễn.

*La pagode est l'endroit où il s'est retiré (Chuà)
*Le temple l'endroit où il a réapparu en songes ( ?) aux villageois (Miếu) (hiên² thánh)
*La maison communale sert de lieu de culte et de réunion (Đình).


Cet ensemble "Đình-Chuà-Miếu'" est devenu un site classé.

Une maison annexe située derrière la maison communale est par ailleurs consacrée à des ancêtres qui se sont distingués lors de la défense du village contre les pirates "Tư So".

TRẦN KHẮC CHÂN, le papa du génie du village

A la fin du 14è siècle, le royaume des Viet faisait frontière au Sud avec le royaume du Champa par le Col des Nuages, Đèo Hải Vân (cela correspond à la région de Huê' actuellement),

ceci grâce à 2 provinces offertes par le Champa comme cadeau de mariage lors de l'union d'une princesse Viet avec un roi Cham depuis l'année 1307.



La dynastie était en déclin. Les souverains Viet étaient débauchés. Ils préféraient se distraire au théâtre nouvellement introduit par les Mongols plutôt que d'administrer le pays. Il y eut des révoltes partout. Le Royaume du Champa en profita pour envahir périodiquement le Dai Viet (1361-1389) et marcher vers la capitale Thang Long (actuel Hanoï). Il voulait reconquérir ses 2 provinces. Roi et Généraux Viêt étaient effrayés et pleuraient! Le général Trân Khac Chân (đô tướng) avait pour mission de défendre un affluent du Fleuve Rouge. L'armée du Champa étant menaçante, Khac Chân dût se replier. Grâce à l'indication d'un transfuge qui indiquait la jonque du roi du Champa, les soldats de Khac Trân ont pu localiser son bateau et le tuer. L'armée du Champa a pu ainsi être mise en déroute, Khac Chân a pu sauver la capitale Viêt de la destruction. Il fut nommé généralissime (Thượng Tướng Quân) .
Il reçut comme récompense un hameau à Kẻ Mơ, au Sud de la capitale Thăng Long.

Cependant, dans ce royaume Viet en déclin, le mandarin Lê Quy Ly abusait de ses privilèges et a tué le roi. A ôn Sơn (Cao Mât, Vinh Lôc), Tran Khac Chan fomenta un complot pour l'éliminer. Le projet échoua, notre généralissime Khac Chan fut tué avec 370 (?) autres personnes.
Quy Ly devint roi en l'année 1400 (Dynastie des Hô).
Fin de la dynastie des Trân.
Fin de l'histoire du papa du génie tutélaire de Khuc Thuy.

La population a érigé des temples en souvenir de Trân Khac Chân, surtout à Thanh Hoa' :
  • à l'endroit où il a été exécuté, au village de Phuong Nhai et au flanc de la montagne Dôn' So*n.
  • A Cao Mât, Binh But, Nam Cai où 29 villages lui vouent un culte.
  • A Ke² Mo*, près de la capitale, il y a un temple, une statue et un stèle commémorant ses mérites.
  • Il y a une rue Tran Khat Chân à Hà Nôi.
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    remarque:
    TRAN KHAC CHAN ou KHAT CHAN (fin du 14e siècle) avait -il un lien avec TRAN KHAC CHUNG (début du 14è siècle), ami de la princesse Viet Huyen Tran ?
Viet Nam Su Luoc 1 , Tran Trong Kim .
Histoire du Vietnam, Lê Thanh Khôi
Site vietsciences en vietnamien
Mises à jour images (musée Guimet, Déc 2005)



4.8.04

Le poulet aux feuilles de citronnier


Con gà cục tac' la' chanh
Con lợn ủn ỉn mua hành cho tôi

....
Cot, cot, cot, le poulet réclame des feuilles de citron
Le cochon se dandine: s'il vous plait, achetez-moi de l'oignon...

Chanson populaire pour enfants énumérant les ingrédients indispensables pour accompagner les plats vietnamiens...

Le poulet aux feuilles de citronnier est un plat présenté à l'autel, que nous retrouvons à chaque anniversaire de mort d'un de nos ancêtres au Vietnam:

Poulet entier cuit à l'eau, coupé en petits morceaux,
présenté sur une assiette avec la peau du poulet au dessus.
Les feuilles de citron découpées en minces filaments sont posées au dessus du poulet.
Servir avec un petit bol de nuoc mam à côté.

Comme offrande à l'autel des ancêtres, présenter à côté du poulet une assiette de riz glutineux ( xôi gà).

LE GRAND VIEUX BANIAN

A l'entrée du village, le devant de la scène est occupé par un grand banian séculaire.

Il déployait et étendait ses bras jusqu'au milieu de la rivière Nhuê.
Ce bourgeonnement vigoureux était signe de l'apparition de grands hommes au village. Ainsi, il y a eu un mandarin, un sous-préfet, un lettré (*) et des ministres originaires du village.

Défense de l'amputer donc.
On raconte qu'à l'époque coloniale, un soldat français avait osé couper les branches de l'arbre pour avoir une vue dégagée, pour en faire son poste de garde. Eh bien, il est tombé et a perdu la vie, le pauvre homme ! Était - ce simplement un accident? Les villageois, eux, pensaient plutôt que les esprits de l'arbre l'avaient puni et terrassé ...

Le banian, un arbre mystérieux et magique ("linh thiêng").



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Le banian à la rue Hang Gai, Hanoi,
photo Mille, site nguyentl.free.fr